
Chaque automne, le Pays basque devient un immense couloir de migration. Dans les Pyrénées, les ornithologues guettent rapaces, grues et passereaux. Sur la Corniche basque et autour d’Abbadia, les jumelles se tournent vers le ciel et l’océan.
Mais une autre migration se déroule plus loin du regard.
Au large, des milliers d’oiseaux marins circulent dans le sud du golfe de Gascogne. Fous de Bassan, puffins, labbes ou encore océanites utilisent cet espace maritime pour leurs déplacements saisonniers, leurs recherches alimentaires ou leurs haltes.
Depuis Hendaye, nous avons la chance de pouvoir aller directement à leur rencontre.
À bord d’Atalaya, notre catamaran dédié à l’observation de la faune marine, l’automne offre une occasion particulièrement intéressante pour découvrir la migration sous un angle différent : non plus depuis une falaise ou une pointe rocheuse, mais depuis la mer elle-même.
Au Pays basque, la migration ne s’arrête pas au trait de côte
La géographie du Pays basque concentre plusieurs grands axes migratoires sur un territoire relativement restreint.
Entre les Pyrénées et l’Atlantique, les oiseaux disposent de voies très différentes. Certains franchissent les cols. D’autres suivent les estuaires, les marais et les zones humides. Une partie des espèces marines, enfin, longe la façade atlantique et traverse le sud du golfe de Gascogne.
C’est cette dernière migration qui reste la moins visible.
Depuis la côte, une longue-vue permet parfois de distinguer des groupes de fous de Bassan ou la silhouette rapide d’un puffin passant au ras de l’eau. Mais la distance complique souvent l’identification. Quelques secondes plus tard, l’oiseau disparaît derrière la houle ou devient un simple point sur l’horizon.
Embarquer change totalement l’échelle de l’observation.
En mer, on entre directement dans l’espace fréquenté par ces oiseaux.
Il n’y a plus de falaise entre l’observateur et la trajectoire du migrateur. L’horizon s’ouvre. Les oiseaux peuvent apparaître devant le bateau, sur les côtés ou dans son sillage.
Certaines espèces attirent immédiatement l’attention.

Le fou de Bassan, avec sa grande envergure et ses plongeons spectaculaires, compte parmi les plus faciles à repérer. Les puffins proposent une observation plus subtile. Leur vol tendu, souvent très proche de la surface, épouse les vagues et exploite les mouvements d’air au-dessus de la mer.
Puis viennent les rencontres plus fugaces.
Un labbe peut surgir derrière un autre oiseau marin et engager une poursuite. Un océanite peut apparaître quelques instants à proximité du bateau avant de disparaître dans le relief des vagues.
Pour l’ornithologue, chaque observation devient un exercice de lecture.
Silhouette, taille, battements d’ailes, trajectoire, comportement et contrastes du plumage prennent une importance particulière.
La mer impose ses propres codes.
Atalaya, un poste d’observation qui se déplace avec les oiseaux
Observer la migration depuis Atalaya, c’est abandonner le principe du poste fixe.
Sur terre, l’ornithologue choisit un promontoire, installe sa longue-vue et attend que les oiseaux entrent dans son champ de vision.
À bord, nous nous déplaçons dans leur environnement.
Atalaya offre un large champ de vision sur la mer et permet d’explorer différents secteurs au cours d’une même sortie. Cette mobilité est particulièrement intéressante car les oiseaux marins ne sont jamais répartis uniformément sur l’océan.
Une zone peut sembler vide pendant plusieurs minutes.
Puis quelques oiseaux apparaissent.
Un fou plonge.
Un deuxième arrive.
Plus loin, une série de silhouettes coupe l’horizon à quelques mètres au-dessus de l’eau.
Et soudain, toutes les jumelles se tournent dans la même direction.
C’est aussi ce qui rend l’observation embarquée si différente : il faut constamment chercher, interpréter et anticiper.
Les oiseaux suivent les ressources alimentaires, les courants et les mouvements des poissons. Leur présence peut changer très rapidement d’un secteur à l’autre.
À bord d’Atalaya, nous pouvons également observer les oiseaux dans le contexte plus large de l’écosystème marin.
Un rassemblement de fous de Bassan peut signaler une activité sous la surface. Des dauphins peuvent apparaître dans le même secteur. Les interactions entre poissons, oiseaux et mammifères marins deviennent alors beaucoup plus faciles à comprendre.
Pour les photographes animaliers, la sortie offre également une autre perspective.

Depuis la côte, un puffin peut rester minuscule dans le viseur. En mer, certaines rencontres permettent d’observer beaucoup plus précisément le plumage, les proportions, le vol et parfois les comportements alimentaires.
Rien n’est cependant garanti.
Et c’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de ces sorties.
La mer reste un milieu sauvage. Les conditions météorologiques, l’état de l’océan, la disponibilité des proies et les déplacements des animaux influencent chaque journée.
Deux sorties peuvent être complètement différentes.
L’une sera marquée par les fous de Bassan. Une autre par les puffins. Une troisième offrira une combinaison inattendue d’oiseaux et de cétacés.
Chaque embarquement recommence l’histoire depuis le début.
Pour les ornithologues habitués aux observations depuis les cols pyrénéens, les marais de Txingudi, Abbadia ou la Corniche basque, monter à bord d’Atalaya permet ainsi de compléter le tableau.
La montagne montre une partie de la migration.
Les zones humides en montrent une autre.
La mer raconte le reste.